Esquisse génétique

Chaque lapin hérite de ses ascendants nombre de caractères, visibles ou non, qu'ils lui ont transmis et qui lui assurent une ressemblance plus ou moins prononcée avec eux.

La génétique, ou science de l'hérédité, fournit les moyens de mieux connaître le mécanisme de transmission de ces caractères tout en permettant de mieux cerner la valeur de certaines ressemblances qui exis­tent entre animaux de même espèce.

Elle nous apprend qu'en tant qu'être vivant, chaque lapin est détenteur d'un patrimoine héréditaire, appelé GENOTYPE.

Celui-ci détermine, en même temps que son comportement dans le milieu où il vit, son aspect extérieur, appelé PHÉNOTYPE.

Les chromosomes, constitués de longues chaînes d'ADN et de pro­téines, sont placés par paires dans chaque cellule de l'organisme et supportent les gènes, chacun permettant l'expression d'un, d'une par­tie ou de plusieurs caractères.

Chaque cellule d'une espèce donnée comporte un nombre fixe de chromosomes, nombre invariable d'un animal à l'autre. Le lapin en possède 22 paires. Chaque paire est formée d'un chromosome légué par la mère et d'un autre légué par le père. Elles sont dites allélomorphiques car chacune est formée de deux chromosomes de même forme, sauf pour la paire de chromosomes sexuels où ils diffèrent chez le mâle. Parallèlement, les gènes sont également groupés par paires, chaque élément de la paire formant un allèle. S'ils sont identiques (on parle d'homozygotie), ils s'expriment conjointement avec le même effet. S'ils sont dissemblables (on parle d'hétérozygotie), l'expression de l'un masque en général celle de l'autre.

La répartition et l'imbrication des gènes, supports moléculaires néces­saires à l'expression des caractères, assurent la conception des êtres vivants dont le patrimoine héréditaire global est unique pour chaque lapin. En effet, au cours de la fécondation, tout géniteur cède un nombre égal de chromosomes correspondant à la moitié de ce qu'il possède dans les autres cellules mais le mécanisme de la formation des cellules sexuelles (ovule et spermatozoïde) puis leur rapprochement pour former un neuf, futur embryon, peut se faire selon un nombre presque infini de combinaisons, toutes aboutissant à l'élaboration d'un être différent à partir des mêmes parents.

D'une façon générale, certains s'héritent en bloc (phénomène de linkage) et manifestent leurs effets plus ou moins groupés et interactifs pour aboutir à la formation d'un animal qui possède ainsi un type déterminé. Ce phénotype représente l'ensemble des caractéristiques permettant de reconnaître un animal, qu'il s'agisse de traits morphologiques comme la couleur du pelage, la taille des oreilles etc... ou de particularités physiologiques telles que celles inhérentes à la reproduction. En résumé, tout ce qui caractérise un animal situe et représente son phénotype. Ce qui est transmis d'une génération à la suivante est la capacité à réaliser ce phénotype et trouve son fonde­ment dans le génotype, support matériel (ensemble des gènes) qui tra­verse les générations par l'intermédiaire des cellules sexuelles.

Les lois de Mendel (du nom du moine tchèque qui réalisa au XIXe siècle les premiers travaux statistiques concernant la transmission des caractères héréditaires), régissent la génétique. Elles s'adaptent à tous les caractères qui peuvent être sélectionnés et chaque éleveur doit les gar­der présentes à l'esprit lorsqu'il effectue ses plans d'accouplements. Les trois mots clefs à retenir de ces lois sont DOMINANCE, DISJONCTION et INDÉPENDANCE des caractères ou plus précisément des gènes per­mettant leur expression.

À l'aide d'exemples simples et démonstratifs (ce qui est rarement le cas en élevage où les choses sont généralement un peu plus complexes), il est possible de comprendre et d'interpréter correctement ces mots.

Le croisement d'un lapin coloré supposé homozygote (on dit encore abusivement "pur") pour le caractère "coloré" avec un lapin albinos également homozygote pour ce caractère ne fournit en première géné­ration (dite génération F1) que des lapins colorés. On dit que le gène C+ conditionnant l'apparition de la couleur domine les effets du gène c, récessif, inhibant tout développement pigmentaire.

En accouplant entre eux des animaux de cette première génération (colorés X albinos) de génotype "C +/c", on constate que leur descen­dance est composée d'une grande majorité de lapins colorés et de quelques albinos. Nous avons obtenu ce que l'on nomme la génération F2. Au cours de la formation des spermatozoïdes et des ovules, il y a eu disjonction des allèles C+ et c, pourtant réunis dans les cellules des animaux représentant la FI.

Il faut également préciser que si la pureté (homozygotie) des lapins à pelage coloré n'est pas décelable d'emblée puisqu'il n'est pas possible de distinguer visuellement un animal homozygote de génotype C+ C+ d'un hétérozygote de génotype C+ c, il est possible en revanche d'affirmer l'homozygotie des albinos de génotype c c, c étant récessif par rapport à C +. Un caractère récessif qui s'exprime implique toujours son homozygotie.

Pour illustrer l'indépendance des facteurs héréditaires, nous prendrons l'exemple historique de l'obtention des Rex de couleur. Ainsi, à l'issue des croisements entre des Castorrex et des lapins à pelage normal de couleur autre que le gris garenne, prenons le cas d'un lapin bleu en exemple, il peut apparaître dès la deuxième génération des Rex bleus, des bleus à pelage normal, des Castorrex et des gris garenne à pela­ge normal. On en conclut que la pigmentation est indépendante de la nature de la fourrure.

À partir d'un phénotype déterminé, ont été établies les différentes for­mules génétiques possibles. La pigmentation a été et reste un objet d'études privilégié pour le généticien. Les différents génotypes établis permettent de comparer et de classer les différents modèles. Les symboles utilisés, s'ils restent schématiques et pas toujours très proches de la réalité phénotypique, permettent de faire une meilleure approche des potentiels héréditaires et d'éviter certains accouplements peu recommandés pour une raison ou une autre.

Les principaux symboles classiquement reconnus sont :

  • A+ : permet l'expression du modèle dit agouti où les poils sont zonés. On distingue pour le manteau des lapins agoutis une couleur (extérieure), une entre couleur et une sous-couleur (à la base du poil). Le ventre d'apparence unipigmentée est en réalité formé de poils à deux zones. A+ est dominant sur at (modèle feu) et a (modèle unicolore).
  • B+ : c'est le signe retenu pour l'expression des pigments noirs. Il est dominant sur b qui régit la synthèse des pigments bruns.
  • C+ : caractérise les animaux entièrement colorés et domine Ch (Russe),cch (Chinchilla) et surtout c (Albinos).
  • D+ : existe chez les animaux dont les pigments ne subissent pas de diminution d'intensité. Il domine d existant chez les lapins dont la pigmentation est altérée (bleu et beige). d est le symbole de dilution.
  • E+ : exprime une pleine expression pigmentaire de la bande phaéomélanique des poils sans altération aucune. Il domine ej (japonais) et e (fauve vrai sans aucun pigment noir) mais est récessif par rapport à Ed (gris fer).

À partir de ces symboles, voici quelques exemples de formules géné­tiques correspondant à la représentation traditionnelle des modèles de pigmentation connus chez le lapin (le symbole «-» signifie que tout autre allèle, quel qu'il soit, peut se trouver à cette place sans altérer le modèle) :

Esquisse Génétique

Ces exemples très simplifiés ne font pas état de toutes les subtilités révé­lées par les phénomènes de dominance partielle, polygénie et autres épistasies et ne sont là que pour permettre une approche aisée des mécanismes principaux. Ils permettent de comprendre pourquoi l'héré­dité n'est pas un simple continuum avec ressemblance systématique entre ascendants et descendants mais au contraire une source de variation que la sélection essaie d'orienter.

Extrait de l'article « Esquisse génétique ».

Les lapins de race Standard officiel, Février 2009