Les récompenses aux naisseurs, non aux propriétaires

Il y a parmi les exposants, les bons et les mauvais. Ainsi que cela se passe fréquemment en pareil cas, les second vivent au dépend des premiers, en se comportant comme des parasites.

Fauve de BourgogneL’élevage est un art qui ne s’improvise pas ; le véritable éleveur est celui qui passe beaucoup de temps avec ses animaux, qui les observe, qui les surveille avec attention, qui choisit minutieusement, qui les nourrit, qui les soigne, etc ... Pour qui aime véritablement l’élevage, cela constitue un passe temps extraordinaire et irremplaçable, mais dont les contraintes sont indéniables. De plus et même quand on a l’impression d’avoir fait tout cela, réussir n’est ni rapide, ni facile, ni….économique. Tous les éleveurs en ont fait l’expérience, et parmi les meilleurs, il y a ceux qui, en plus d’un don qui est par définition, inné, font montre d’un certain nombre de qualités qui sont bien entendu, à l’origine de leur réussite.

Ces qualités, tout le monde, bien sur ne les a pas, et beaucoup renoncent à les acquérir. Souvent ils n’essaient même pas car ils savent qu’ils peuvent, du jour au lendemain, et avec la plus grande facilité, se hisser au niveau des meilleurs, sur le papier bien entendu. C’est exactement comme si il était possible d’acquérir une belle œuvre d’art sur laquelle il suffirait d’apposer sa signature pour être considéré comme le créateur. Si cela vous amuse, vous pouvez toujours essayer de le faire, mais si vous vous retrouvez en prison quelques temps après, tout le monde trouvera cela normal, ce qui prouve bien que l’acte en lui-même est parfaitement répréhensible.

Dans le petit élevage, n’importe quel individu sans scrupule peut, d’une minute à l’autre, et sous prétexte qu’il l’a payé (il pourrait d’ailleurs tout aussi bien l’avoir volé), se dire producteur d’un animal qui s’il est de qualité, sera susceptible de lui donner accession aux plus hautes récompenses, tout simplement parce qu’aucun règlement ne lui interdit. Disons le tout net, cela n’est pas normal, tant s’en faut. Il n’y a guère qu’en aviculture que ce genre de trafic se produit au vu et au su de tous, sans que personne ne se soit décidé à intervenir ; il est tellement plus commode de laisser faire.

Que se passe-t-il alors ? Ce qui doit inévitablement se passer c'est-à-dire que l’on assiste à un abus et à des tromperies de toutes sortes qui entachent sérieusement l’honorabilité des éleveurs en général.

En effet, au lieu de se servir des sujets qu’ils viennent d’acheter pour pratiquer l’élevage, les inaptes dont certains sont très bien organisés, vont utiliser ces animaux de qualité en les exposant un peu partout, pour en tirer quelques gloriole, et en tout cas, des références. Ils pourront alors tromper qui ils voudront, surtout à distance, et comme cela ne manque pas de se produire dans un cas pareil, ils recevront des commandes de la part de personnes qui s’adressent à eux en toute confiance. Comme ils n’auront pas chez eux, de quoi satisfaire la demande, Ils iront chercher n’importe où ce qui correspond plus ou moins vaguement à ce qu’on leur réclame. Bien entendu, ils achètent une bouchée de pain, des animaux qu’ils vendront en grand seigneurs à des prix exorbitants ; quand on a des références et qu’elles sont méritées, on peut se permettre d’avoir certaines exigences et on y est souvent même forcé pour des raisons matérielles, mais quand elles ne le sont pas cela correspond tout simplement à une escroquerie ; c’est de l’abus de confiance !

Ces pratiques qui sont beaucoup plus nombreuses qu’on ne l’imagine, sont finalement illégales, et la clientèle trompé, mettra fatalement dans le même sac les bons et les mauvais éleveurs, ou plus exactement les bons et les mauvais fournisseurs, ces derniers n’ayant évidemment rien a perdre.

Il est extrêmement souhaitable que l’on puisse continuer à acheter et à vendre, dans les expositions, des sujets de qualités. On ne peut pas reprocher non plus, aux éleveurs sérieux, de vendre des animaux de valeur, en dehors des expositions. Pourtant, et parce qu’ils ont été échaudés, des éleveurs réputés ne vendent plus dans les expositions, et sont de plus en plus réticents pour expédier les beaux sujets qu’on leur demande. Cela est fort regrettable, mais il faut aussi les comprendre.

Il ne fait aucun doute que ces éleveurs, ou au moins une partie d’entre eux, verraient les choses de façons différente si ils avaient la certitude qu’en vendant de beaux animaux, cela ne se retournerait pas un jour contre eux comme cela se passe actuellement.

Coq Brahma Perdrix FoncéReste à savoir maintenant, comment procéder pour pouvoir vérifier si le propriétaire est bien le naisseur. Certes, à priori, cela pose certains problèmes dont la solution devait cependant être grandement facilité par le fait que les sujets d’expositions portent une bague où un tatouage indélébile. De plus, toutes les sociétés d’aviculture enregistrent leur fourniture de bagues et savent par conséquent à qui ces dernières ont été vendues. A partir de là, vérifier l’origine de l’animal est chose possible. Bien entendu, il ne peut être question de procéder à une vérification de tous les animaux participant à une exposition, mais des contrôles pratiqués sur les animaux ayant remporté les meilleurs prix, suffiraient à décourager les tricheurs qui ne prendraient pas le risque d’inscrire à leur frais, des sujets susceptible d’apporter une récompense à quelqu’un d’autre. Les numéros correspondant pourraient être affichés et même publiés dans l e palmarès, de façon que chacun puisse en prendre connaissance. Auparavant, tous les exposants se seraient engagés de façon formelle, à ne présenter que des sujets bagués, élevés par leurs soins.

Il s’agit là bien sûre, d’un exemple de possibilité de vérification, tout autre méthiode simple et efficace, pouvant être retenue, l’essentiel étant de pouvoir assurer un certain nombre de contrôle dans chaque exposition.

Il est certain que bon nombre d’organisateurs sérieux sont prêts à faire ce petit sacrifice, pour éviter que certains margoulins prennent leur exposition pour une foire et pour assurer une certaine tenue à leur manifestation. Cela ne manquerait pas de faire tache d’huile, et les profiteurs seraient rapidement évincés, dans l’intérêt de notre aviculture et de la réputation des véritables éleveurs que nous sommes.

Les bonnes volontés ne manquent pas chez nous ; qui donc donnera l’exemple ?

Hugues Artese

Texte extrait de « Sélection Avicole » N° 124 de février 1974

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